Parmi les grands mammifères marins, les siréniens occupent une place discrète. Ce groupe comprend aujourd’hui quatre espèces de lamantins et une seule espèce de dugong, survivants d’une lignée ancienne autrefois bien plus diversifiée. Ces animaux paisibles évoluent dans les eaux tropicales et subtropicales, se nourrissant exclusivement de plantes aquatiques. Leur silhouette arrondie, leur nage lente et leurs grands yeux doux leur confèrent une apparence presque bienveillante, loin de celle des redoutables prédateurs marins.
Dugongs et lamantins : les dernières « vaches marines »
Les lamantins, présents dans les Caraïbes, le golfe du Mexique, l’Amazone ou encore l’Afrique de l’Ouest, se déplacent entre estuaires, rivières et mers côtières. Le dugong, quant à lui, vit principalement dans l’océan Indien et le Pacifique ouest, notamment au large de l’Australie et de Madagascar. Tous deux partagent un mode de vie herbivore et une grande affinité avec les zones côtières peu profondes. Leur queue horizontale, large et aplatie, leur permet de se propulser lentement mais avec puissance, dans un mouvement qui n’est pas sans rappeler celui des dauphins… ou des plongeurs équipés d’une monopalme.
Source : Gallica.bnf.fr
Source : Gallica.bnf.fr
Des animaux à l’origine du mythe des sirènes
Leur nom même, « siréniens », renvoie à un imaginaire beaucoup plus ancien. Les marins des siècles passés, fatigués par de longs voyages, auraient aperçu de loin ces silhouettes ondulantes et ces formes humaines suggérées par la lumière et les vagues. Leurs chants étouffés, leurs gestes gracieux et leur posture verticale lorsqu’ils respirent à la surface auraient nourri les légendes des sirènes. De la Méditerranée aux Caraïbes, ces visions brumeuses auraient inspiré bien des récits mêlant beauté, mystère et fascination.
Ainsi, les dugongs et lamantins, loin d’être de simples créatures aquatiques, sont devenus des symboles ambigus de la frontière entre l’humain et le marin.
Quand la nature inspire la technique : du sirénien à la monopalme
Le mouvement du sirénien sous l’eau est un modèle d’efficacité hydrodynamique. Sa queue, qui bat dans un plan vertical, produit une propulsion souple et continue. C’est cette biomécanique qui a inspiré le développement de la monopalme moderne utilisée en plongée libre. En imitant la nage d’un mammifère marin plutôt que celle d’un poisson, les concepteurs ont cherché à retrouver cette fluidité et cette économie d’énergie. Le plongeur, uni à sa monopalme, ondule comme un dugong, transformant chaque battement de hanches en un glissement harmonieux.
Les siréniens disparus et l’héritage d’un autre temps
Le groupe des siréniens comptait autrefois davantage d’espèces. La plus célèbre d’entre elles, la vache marine de Steller, vivait dans les eaux froides du Pacifique nord, près des îles du Commandeur. Découverte au XVIIIᵉ siècle, elle fut exterminée en quelques décennies par la chasse intensive. Son destin rappelle la fragilité de ces géants paisibles, souvent victimes de la pollution, du trafic maritime et de la destruction des herbiers marins dont ils dépendent.
Observer un dugong ou un lamantin aujourd’hui, c’est contempler à la fois une relique de l’évolution et une source d’inspiration vivante. Leur grâce lente sous l’eau, leurs mouvements unis au rythme des vagues et leur symbolique liée aux sirènes nous rappellent à quel point la nature demeure un modèle de beauté fonctionnelle.
La monopalme, dans cette perspective, n’est pas seulement un instrument sportif : elle incarne une filiation poétique et technique avec ces anciens maîtres de la glisse marine.
Sources :
https://liste-animaux.fr/mammiferes/sireniens
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sirenia_(mammifère)
https://www.britannica.com/animal/sirenian
https://marinemammalscience.org/facts/dugong-dugon/
https://www.seacology.org/2020/05/manatees-and-dugongs-saving-serene-sirenians
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b23002965/f19.item.r=dugong
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105281788.r=lamantin?rk=21459;2
